Uma (Radhika Apte) et Gopal (Ashok Pathak) viennent de se marier. Un mariage arrangé comme le veut la tradition. L’un comme l’autre ne savent pas très bien quoi faire de cette nouvelle situation. Gopal s’échappe dans le travail et l’alcool laissant Uma seule dans un Mumbai pas bien accueillant.
Sister Midnight est le premier long-métrage de Karan Kandhari, artiste et cinéaste indien vivant à Londres qui se revendique, lui ainsi que son film, comme punk. L’idée lui est venu d’une simple interrogation : « Que se passe-t-il pour une femme le tout premier matin après la nuit de noce d’un mariage arrangé lorsqu’elle se retrouve seule dans une maison inconnue ? » De ce postulat est né le personnage d’Uma, jeune femme vive, peu portée sur la domesticité qui va se retrouver marginalisée.

Karan Kandhari passe par une utilisation simple et efficace du fantastique. Il n’use que peu d’effets ostentatoires pour montrer la transformation de cette jeune femme qui bascule dans la marginalité, ne pouvant se plier à la routine que lui impose cette société traditionaliste. Elle est le pendant punk et loufoque des deux héroïnes de All We Imagine as Light (Payal Kapadia/2024), la dernière sensation indienne passée par Cannes. À l’instar des héroïnes mumbaiennes, Uma est en quête d’émancipation dans une ville qui la porte et l’engloutit tout autant.
Mumbaï est un personnage au visage double. En journée, elle se montre peu avenante : le bruit invivable au réveil, la proximité avec les voisins – représentée par cette étrange rue qui ressemble tant à un décors de théâtre – les odeurs pas toujours agréables omniprésentes. Pendant la nuit, le calme est aussi inquiétant que réconfortant. On y rencontre le peuple noctambule, un groupe de prostituées qui s’enticheront bien vite de notre héroïne et ce drôle d’homme qui lui offre un emploi de femme de ménage de nuit. Car si la domesticité gratuite semble ennuyer Uma, le ménage s’il est rémunéré prend déjà un autre sens. En dehors de Mumbai, le reste de l’Inde semble être une vaste lande sans fin traversée par des trains, des déserts de Western que notre héroïne – une fois pleinement émancipée – semble prête à conquérir.

La recherche d’émancipation est bien la quête principale de notre étrange héroïne qui, par un trop plein de frustration, ne peut s’exprimer que par la violence, la soif du sang. Sister Midnight a l’intelligence de poser la question de la responsabilité de cette violence à la façon d’un Vampire humaniste cherche suicidaire consentant (Ariane Louis-Seize/2024). Uma regrette ses tueries et vit littéralement avec. Un petit troupeau en stop motion des animaux dont elle bu le sang est à ses trousses. Ils ne sont pas agressifs, ils ne la violentent pas mais ils sont là. Toujours.
Si Sister Midnight se focalise sur la jeune mariée, le film n’oublie pas son époux. D’abord pathétique et minable, il finira par s’ouvrir afin de partager sa propre détresse d’être un homme marié, d’appartenir à un système qui ne lui convient pas non plus, ainsi que sa propre marginalité. La vision du couple est assez moderne et propose une vision authentique qui dépasse les attentes et les contrats.

Sister Midnight est une patchwork de références et d’idées de mise en scène : la loufoquerie et le travail sur le cadre de Wes Anderson, la nonchalance, la bande-son et le cool de Jim Jarmusch, l’humour et la direction d’acteurs des films muets burlesques. Le résultat est étrangement cohérent et surtout particulièrement satisfaisant.
Sister Midnight a tout pour devenir une nouvelle référence dans la famille vampire du Weird Girl Cinematic Universe au même titre que A Girl Walks Home Alone at Night (Ana Lily Amirpour/2014) et Vampire humaniste cherche suicidaire consentant (Ariane Louis-Seize/2024). À la façon d’un patchwork, le film use de styles, de références et d’idées éparses pour proposer une oeuvre réjouissante portée par une Radhika Apte impliquée. Vivement le second film.


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