Le duo de cinéastes autrichiens Veronika Franz et Severin Fiala revient cette année avec un troisième long-métrage. Après le glaçant Goodnight Mommy et le plus conventionnel The Lodge, ils proposent The Devil’s Bath, une plongée lourde dans une dépression noire et sans issue. 

 Pan Distribution

The Devil’s Bath est un douloureux slowburn qui se place au plus proche de son personnage, incarnée par la talentueuse Anja Plasch, également connue dans le milieu de la musique sous le pseudonyme Soap&skin. Cette dernière ne devait s’occuper que de la musique, cependant bouleversée par le scénario elle se retrouve à faire des essais pour le rôle et devient un choix évident. Elle propose une interprétation à fleur de peau et bouleversante. Elle a une puissance dans le regard, une manière de créer des silences éloquents et une modestie dans le mouvement qui apportent beaucoup au personnage. 

Le travail fait sur l’atmosphère du film est particulièrement réussi. La musique composée par l’actrice mélange sonorité de l’époque et contemporaine qui permettent d’exprimer l’intériorité du personnage. La photographie évoque aussi la descente en enfer d’Agnès. Les premières séquences, celles du mariage, sont baignées dans une belle tonalité chaude. Cette lumière va progressivement se refroidir. Les couleurs vont doucement se désaturer. L’ensemble est complété par un travail sur les costumes astucieux et pourtant ardu car peu de documentations existent. 

 Pan Distribution

Les cinéastes jouent à un jeu malin avec les attentes des spectateurs quant à l’implication d’éléments fantastiques. Rien que le titre du film semble annoncer une hypothétique histoire de possession alors que le film s’ancre dans une réalité sordide : la vague de suicides par procuration du 18e siècle. Un mal-être qui touche principalement les femmes et qui ne peut que faire écho au fort pourcentage de femmes en dépression actuellement. Des siècles nous séparent d’elles et pourtant le patriarcat a lui bien fait son nid dans le “bain du diable”, expression utilisée à l’époque pour évoquer les personnes souffrant de mélancolie, autrement dit de dépression. 

The Devil’s Bath est, à jour, le film le plus abouti du duo Fiala et Franz : un slow burn douloureux, un film d’époque bien troussé et surtout, un récit de femme qui traverse les siècles. La découverte Anja Plasch promet, si elle le veut, une belle carrière d’actrice.

Laisser un commentaire

Tendances