Après le succès des deux premiers Terrifier, Damien Leone se paye le luxe de ressusciter une nouvelle fois son boogeyman fétiche, apparu pour la première fois dans le court-métrage The 9th Circle en 2008. Mime totalement muet, Art est un personnage du non-sens, sans véritable psychologie, enfin en tout cas dans ses débuts. Ce nihilisme faisait tout le charme du premier opus : ovni fauché (35 000$) qui se parait d’une esthétique vintage réussie pour montrer des mises à mort aussi dégueulasses, sans morale qu’inventives. Se plaçant beaucoup plus du côté du geste artistique radicale que du slasher de plateforme rasoir gangréné de néons qu’on nous sert ad nauseam. Le second opus s’éloigne de la noirceur et du côté expérimental du premier en introduisant une figure de final girl, certes sympathique, mais plutôt conventionnelle. Qu’en est-il du troisième film ?

 Factoris Films / ESC Films

Terrifier 3 continue de proposer des saynètes gores pleines d’idées farfelues et plutôt jouissives pour les aficionados du genre. Un type de film rafraîchissant dans notre société hygiéniste où les clean girls et les mascu de salle de sport pullulent sur nos petits écrans. Bien que dans la lancée des deux premiers, notre regard habitué ne peut que nuancer quelques aspects. Bien sûr, il y a quelques mises à mort particulièrement marquantes à base de rats, de spray cryogène et de parties génitales en morceaux mais le pari d’ impliquer autant d’ enfants dans la tambouille n’est pas toujours gagnant. En s’obligeant à jouer avec le hors champs, il se crée des limites complexes. Si l’utilisation du sounddesign est réussi et laisse imaginer le pire, l’utilisation de l’ellipse est bien moins convaincante. Quel regret que cette scène de centre commercial qui finit en pétard mouillé! 

On regrettera aussi tout l’arc narratif lourdingue autour de cette supposé bataille entre le bien et le mal. Amorcée dans le deuxième opus, cette intrigue devient particulièrement encombrante ici, d’autant plus qu’elle invoque un imaginaire chrétien avec la subtilité d’un témoin de Jéhovah. Terrifier 3 se rapproche alors de n’importe quelle saga de slashers et perd une partie de ce qui faisait son essence. Pire encore, l’utilisation de la parole dans le camp des antagonistes – je n’en dirai pas plus – est presque un sacrilège et rend la fin particulièrement anticlimatique. On saluera par contre l’effort de mixité parmi les victimes. On sent que les critiques taclant le premier film de misogyne – et oh combien à raison – ont été écoutées. Comme quoi, pas besoin d’avoir des boobs pour se faire étriper et hurler de douleur. Qui l’eut cru ? 

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Terrifier 3 commence à montrer les symptômes de fatigue d’une saga qui n’avait peut-être pas lieu d’être. Si les séquences gores sont toujours aussi réussies à la fois visuellement qu’en termes de sound-design, les quelques tentatives de diversifier les bases du premier film tombent pour la plupart à l’eau. Il n’en reste pas moins un film rafraîchissant dans un paysage audiovisuel trop aseptisé.

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