Mi Bestia est le premier long-métrage de la réalisatrice colombienne Camila Beltrán. Cette dernière vient du milieu expérimental et a précédemment réalisé les films La Fiesta (2006), Le Soleil Brille (2007) et La Mala Hija (2010). Elle est également fondatrice de la boite de production Felina Films et monteuse, notamment pour le prochain film de César Acevedo, Horizonte. Mi Bestia est inspiré de ses souvenirs de la Colombie dans les années 90, ce climat étrange et anxiogène suite à une vague d’enlèvements d’enfants. 

New Story

La forme de Mi Bestia est assez particulière. La réalisatrice fait le choix de ne pas tourner en 24 images par seconde mais en 16, 8 ou 12. Le résultat est particulier. Les personnages semblent évoluer dans le flou, un monde hors du temps et de la réalité. Le spectateur est plongé dans l’esprit plein de doutes de Mila et cette technique permet de rendre l’évolution de ses questionnements visible à l’écran. 

Cette sensation d’être hors du monde est accentuée par la manière de situer Mila dans son environnement. Le film commence et finit par un plan d’ensemble et en hauteur de la ville, un peu comme dans une fable ou un conte qui placerait le décor avant de se concentrer sur ses personnages. Cette impression est renforcée par l’omniprésence du contraste entre la ville et les bois, à tour de rôle ludique et inquiétant pour cette jeune fille qui découvre les effets et les injustices d’avoir un corps qui devient celui d’une femme dans une société patriarcale. À l’image de l’omniprésence de la télévision et de ses telenovelas comme miroir déformant des travers misogynes. 

New Story

Mi Bestia s’inscrit dans cette lignée de coming of age fantastique et féministe venant d’un peu partout dans le monde où la femme se réapproprie sa voix et son adolescence et se décrit bien plus guerrière animale que victime à la façon de Tiger Stripes, Bird ou encore Junior. Il y a une certaine beauté dans cet esprit de rébellion qui traverse les frontières pour se rejoindre sur nos écrans de cinéma. 

Le métrage n’est pas exempt de défauts. Si la forme est soignée, le récit manque un peu d’aplomb et arrive à la fois à s’éparpiller et à être trop simple. Certains des éléments narratifs semblent forcés – l’histoire de son amie Dora aussi touchante soit-elle paraît presque de trop – tandis que d’autres ne sont pas assez développés, notamment le caractère de Mila qui ne transparaît pas assez. 

Mi Bestia est un premier film touchant, abouti sur la forme, plus maladroit sur le déroulé du récit. Il s’inscrit dans une lignée de coming of age féministe et fantastique où l’émancipation se fait par la transformation, le retour à la nature. Une belle tentative prometteuse.

Laisser un commentaire

Tendances