Rita Moro Castro est une jeune avocate mexicaine brillante qui s’est spécialisée dans la défense de criminels. Désabusée et fatiguée de sa situation, elle décide d’accepter une affaire très particulière. Elle décide d’aider le chef de cartel mexicain Manitas del Monte à réaliser son rêve le plus profond : devenir une femme.
Emilia Perez a créé la surprise à Cannes. Cela a payé car le film est parti avec le prix du jury et le prix d’interprétation féminine pour l’ensemble du casting. L’idée du film part d’un personnage du roman de Boris Razon Écoute, assez secondaire dans l’intrigue mais qui fascine Jacques Audiard. Le touche à tout français se lance alors dans un projet étonnant autant par le fond que la forme : un mélange de comédie musicale et de film policier centré sur la transition d’un chef de cartel. Du jamais vu qui avait tout pour se casser la gueule. Alors le gadin n’est pas catastrophique mais le film rate quelques marches tout de même

On ne peut pas lui reprocher son côté spectaculaire. Que l’on apprécie ou non le genre de la comédie musicale, les numéros sont plutôt impressionnants. Pour se faire, Jacque Audiard s’est entouré de la chanteuse Camille et du compositeur Clément Ducol qui sont eux repartis de Cannes avec le Prix Cannes Soundtrack 2024. Ils ont créée une bande-son à la fois éclectique mais pas trop expérimentale, un vrai score de comédie musicale presque à l’ancienne. Pour les chorégraphies, il se tourne vers le franco-belge Damien Jalet qui en plus de tout son travail pour le spectacle vivant a déjà chorégraphié le film Suspiria (2018) de Luca Guadagnino où la danse jouait un rôle central.
Le fond questionne bien plus. Si le réalisateur décide de s’attaquer à une problématique plutôt actuelle, il ne semble pourtant pas questionner sa pertinence à s’emparer du sujet. Et cela se ressent dans le déroulé de la trame narrative. Malgré le talent de l’actrice Karla Sofía Gascón qui est parfaite pour le rôle, à l’instar de ses comparses Zoe Saldana et Selena Gomez, on sent une distance, une chosification du personnage qui dérange tout le long du film. Jacques Audiard décide de traiter le genre de manière particulièrement binaire. Si l’on schématise la trame du film, ce serait donc à la partie féminine du personnage de nettoyer le bordel de sa partie masculine passée. La rédemption de “l’homme” doit se faire par la responsabilité de la femme. La réflexion autour de la transidentité et la fluidité de cette dernière semble un peu mince.

Émilia Perez est une étrange comédie musicale qui s’empare de la thématique très actuelle de la transidentité mais le fait d’une manière bien maladroite qui ferait presque miroiter un certain opportunisme. Sur la forme, le film est très convaincant. Les numéros musicaux sont très impressionnants et particulièrement bien interprétés.


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