City of Darkness, film à l’ancienne, sait en mettre plein les mirettes. Les personnages ne sont pas bien étoffés mais qu’importe ils savent donner coup de tatanes comme personne. C’est l’essentiel. Si le film semble sorti d’une décennie passée, ce n’est pas un hasard. L’idée d’une adaptation du manhua – bande-dessinée chinoise – d’Andy Seto est dans les tuyaux depuis un petit moment. Le projet débute dans les années 2000 avec Johnnie To et John Woo pressentis à la coréalisation. Plus rien jusqu’en 2013, où la boite de production Meda Asia, annonce que le film sous le nom de Dragon City sera finalement réalisé par Derek Kwok avec Donnie Yen. Après un blocage de plusieurs années, la production peut enfin commencer en 2021 avec la configuration actuelle. 

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Dans City of Darkness, le réalisateur Soi Cheang qui n’a eu de cesse de filmer Hong Kong (poisseuse dans Limbo, étrangement ludique dans Accident) s’attaque ici à une bizarrerie de la ville : la citadelle Kowloon. Originellement , Kowloon servait de poste d’observation contre les pirates et de centre d’administration du sel lors de la dynastie Song (960–1279). En 1842, lorsque l’île de Hong-Kong fut cédée aux britanniques, la forteresse resta propriété chinoise. Cette dernière fut attaquée par les anglo-saxons en 1899 qui la trouvèrent abandonnée. Elle fut alors laissée sans administration telle un no man’s land et fut donc le terrain propice pour différentes activités pas particulièrement légales. Une société exempte de toute administration se créa au sein de cette énorme monolithe labyrinthique. Cette trop grande liberté ne plaisant pas aux gouvernements, la citadelle fut détruite au début des années 1990 mais reste encore un symbole de la vie politique complexe de Hong-Kong. 

City of Darkness se déroule dans les années 80, crépuscule de cette micro société emblème d’une certaine liberté. Comme dans chacun  de ses films, Soi Cheang fait de la ville et du contexte politique un personnage à part entière sans pour autant rendre la connaissance du contexte indispensable. Il n’est pas nécessaire de connaître l’histoire de cette étrange citadelle pour apprécier les conflits géopolitiques et générationnels en jeu dans le film. Ils sont cette toile de fond qui nourrissent cette atmosphère particulière mais ne prendront jamais le pas sur le coeur du film : un brave buddy movie riche en scènes d’action qui lorgne légèrement vers la fresque épique.

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Soi Cheang s’amuse dans ses décors labyrinthiques et étouffants de cette société hors du monde qu’est Kowloon. Aux décors, Kenneth Mak (ou Kwok-Keung Mak) qui était déjà le génie derrière le Hong-Kong moite de Limbo mais qui se permet ici des petites touches d’humour, des boutiques un peu loufoques, des stands de marchés étonnants et fait de chaque couloir une surprise pour le spectateur. Au casting, de sacrés noms de cinéma hong-kongais : Louis Koo, Sammo Kam-Bo Hung ou encore Raymond Lam qui se sont tous entraînés pendant plus d’un an pour perfectionner leur maîtrise des arts martiaux. Le travail se ressent tant les séquences de combats sont parfaitement chorégraphiées et haletantes 

City of Darkness est un gros morceau d’action généreux, un pur plaisir à regarder qui à l’intelligence de placer son récit dans cette enclave typiquement hongkongaise, cette citadelle anarchiste hors du temps. Pour mener à bien l’affaire, un cinéaste qui semble amoureux de sa ville, un chef décorateur minutieux et un casting prestigieux hyper investi.

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