Une jeune journaliste en disgrâce tente de sauver les meubles en se tournant vers le podcast. Un étrange e-mail anonyme va la mettre sur la piste d’un mystérieux artefact, une brique noire qui va la contraindre à regarder sa propre histoire en face.
Matt Vesely est un jeune réalisateur australien qui s’est dernièrement fait remarqué pour son court-métrage de science-fiction System Error, une jolie comédie douce amère sur la crise existentielle d’un robot de service travaillant dans une supérette. Matt Vesely tient à une vision de la science-fiction humaniste et c’est exactement ce qu’il a mis en oeuvre dans son premier long-métrage Monolith.

Monolith est un film de science-fiction avec un tout petit budget. L’équipe du film s’est servi de ce désavantage en compensant avec une écriture subtile et des choix de mise en scène malins. À l’écriture, nous trouvons Lucy Campbell, jeune réalisatrice et scénariste qui a principalement travaillé sur la série néo-noire The Big Nothing. Dans Monolith, l’écriture mise sur le pouvoir de l’imagination de son spectateur un peu comme The Guilty a pu le faire avant elle. La transmission de l’histoire se fait par le dialogue grâce aux différents entretiens que la journaliste tient avec les personnes qui ont pu être en contact avec cette mystérieuse pierre. À l’image, simplement le visage expressif de Lily Sullivan et l’intérieur d’une maison bourgeoise pas si anecdotique…
Si dans la première partie du film une dissonance se fait entre le récit à la X-files de la découverte d’une possible forme de vie alien et les plans de l’intérieur cossu d’une demeure bourgeoise aux immenses baies vitrées et remplies d’artefacts venant de cultures variées exposés comme des trophées de chasse. Le récit et l’image finiront par se rassembler et créer un sens cohérent, glaçant et ce d’une manière assez subtile et insidieuse en évoquant bien plus les dérives de l’appropriation culturelle et du colonialisme que simplement la découverte de l’existence de petits bonhommes verts.

Le choix du monolithe comme symbole à la fois du manque de communication, et des travers liés à la soif de connaissance de la culture de « l’autre » n’est pas anodin. De nombreuses pierres ont marqué l’imaginaire commun : le monolithe de 2001, l’odyssée de l’espace, symbole d’une connaissance possiblement néfaste, la pierre de rosette devenue emblème d’une archéologie aux objectifs ambigus ou encore l’énigmatique site de Stonehenge. Dans le cas de Monolith, la pierre prend plusieurs formes qui évoquent ces problèmes de communication et les dérives problématiques d’un capitalisme colonial qui bouffe le principe même de culture et d’altérité.
Monolith est une œuvre complexe qui se dévoile progressivement, un film où le pouvoir de l’imagination est aussi fort que son propos politique contre l’appropriation culturelle. C’est un film de science-fiction malin comme on aimerait en voir plus souvent.


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