Lee Harker, jeune recrue du FBI, vient enfin d’être affectée sur une affaire qui a de l’importance. Le tueur en série Longlegs sévit depuis plusieurs années et l’enquête reste au point mort. Les événements prennent une tournure inquiétante lorsque Lee découvre qu’elle est liée à cet étrange Longlegs
Dernier poulain en date de Neon (Immaculate, Infinity Pool, Assassination Nation), Longlegs semble être un gentil pied de nez à sa rivale direct A24. Les deux sociétés partagent un certain sens de la prise de risque, un goût pour une esthétique très léchée et ont toutes deux contribué à la construction du concept d’elevated horror, terme assez contesté dans la communauté s’il en est. A24, bien plus associée à cette idée dans l’imaginaire commun ayant distribué et produit plusieurs des grands noms associés au genre (Ari Aster, Robert Eggers ou Alex Garland, entre autres) commence à s’embourber dans des productions qualitatives mais devenues bien trop chères et attendues. Neon semble profiter de cette légère perte de vitesse pour proposer un elevated horror bien plus jeune et accessible, et surtout le faire savoir à grand coup de campagne promotionnelle bien sentie.
Longlegs est un étrange patchwork de plusieurs tics du genre : changement de ratio, chapitrage, suresthétisation, rythme lent et une certaine insistance sur l’aspect politique et social. Le tout sans vraiment dire s’il veut rendre hommage au genre ou critiquer de ce style qui commence doucement à devenir éculé. Cette ambiguïté dans le propos est à la fois une force et une faiblesse. Se moquer de l’elevated horror est maintenant devenu un cliché. Pour éviter de tomber dans cette facilité, Longlegs a un sens du premier degré désarmant qui cacherait presque la supercherie.

L’ambiguité de Longlegs se joue aussi par l’intégration de trames narratives tirés de certains grands monuments horrifiques : la jeune et brillante recrue du FBI ne peut que rappeler la Clarice du Silence des agneaux, le langage codé du tueur en série celui du Zodiac, la mère folle et bigote celle de Carie et des poupées maléfiques en veux-tu en voilà. Le choix du casting va aussi dans le sens d’un mélange de références méta dépassant simplement la réflexion sur l’elevated horror en assemblant des acteurs et actrices d’horizons horrifiques très divers. Maika Monroe, figure de proue de l’elevated horror indé depuis It Follows, Kiernan Shipka, enfant star à la sauce gen Z qui a pris les traits de la jeune sorcière dans Les nouvelles aventures de Sabrina, Alicia Witt, personnage principal d’Urban Legend mais également pouliche de l’écurie David Lynch sans oublier le monument Nicolas Cage, symbole à lui tout seul d’un cinéma de genre loufoque et décomplexé. Longlegs est un canevas de références au genre horrifique qui se cache derrière une apparence sérieuse : un film camp neurasthénique
Le film est un nœud de rupture de tons qui ne s’embarrasse pas d’un scénario cohérent. La première scène particulièrement réussie et éprouvante nous présente un tueur en série aussi terrifiant que énigmatique. Le film respectera cette idée lors de son premier tiers mais finira par abandonner l’idée d’être terrifiant pour devenir une bouffonnerie loufoque comme Nicolas Cage en a le secret. D’un monstre hors cadre, Longlegs deviendra un mélange mi redneck passé à la javel, mi frère Bogdanoff au visage tuméfié. Il fascine mais fait retomber toute la tension de la première partie du film.

Osgood Perkins, fils de Anthony Perkins, a déjà joué à l’intello sur ces productions précédentes (Gretel et Hansel, I am the pretty thing that lives in the house) mais aucune n’était encore venu jusqu’à nos écrans de cinéma français. Longlegs profite d’une campagne promotionnelle particulièrement réussie, même si un peu trompeuse, qui promet le film le plus terrifiant de 2024. Le film tire son épingle du jeu non par la création de la peur mais par un certain traitement de l’inquiétante étrangeté, ce concept qui veut que nous soyons effrayés par une forme quasi humaine mais pas vraiment. Dans le cas de Longlegs, nous nous trouvons face à un film qui semble être un film d’horreur, en reprend de loin plusieurs éléments mais ne l’est pas de manière entière. Si on réfléchit à l’ensemble du film, rien n’est vraiment cohérent, de manière assez consciente, sans que cela soit lié à une maladresse d’écriture.
Impossible de ne pas saluer le travail de toute l’équipe technique tant le résultat est agréable à regarder. Le chef opérateur Andres Arochi fait un travail remarquable, propose une photographie douce, feutrée, grise. La bande-son est l’une des meilleure de ces dernières années et assume totalement son côté très rock
Longlegs est un film étrange à la fois méta intello et thriller occulte premier degré grâce à quelques scènes de frousse bien troussées et une ambiance anxiogène pas dégueulasse. L’ambiguïté sur son propos est à la fois sa plus grande force, en en faisant un film insaisissable, mais aussi sa plus grande faiblesse, car ces trucs et astuces révèlent vite une certaine vacuité.


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