Années 80 dans une petite ville paumée du Nouveau Mexique. Lou, gérante introvertie d’une salle de sport miteuse tombe éperdument amoureuse de l’exubérante Jackie, jeune culturiste en route pour Las Vegas. Leur amour passionnel résistera-t-il à la famille de truands de Lou ?
Avec Saint Maud, Rose Glass instaurait déjà une fascination lesbienne plutôt discrete entre ses deux personnages. Elle se défait de toute subtilité dans Love lies bleeding et propose une représentation rafraichissante d’un couple homosexuel. Les relations entre deux femmes dans le cinéma grand public ont souvent été l’affaire de sous-texte à demi-mot, d’effleurements et de murmures, lorsqu’elles ne sont pas de bêtes histoires de relations charnelles unidimensionnelles pour le bon plaisir du regard masculin. Rose Glass propose un film qui ne penche ni d’un côté, ni de l’autre, en somme, une véritable histoire. Love Lies Bleeding était particulièrement attendu de la communauté LGBTQIA+, pour sa représentation sans fard et sans voile d’une amour lesbien mais aussi, car ce dernier est un vrai film de divertissement qui ne fait pas de cette relation un problème mais ne la relègue pas non plus au second plan. Une représentation positive portée par des personnalités concernées. Et c’est bien trop rare pour ne pas être noté.

Mais derrière ce travail de représentation indispensable, que vaut Love Lies Bleeding ? Bien décidée à ne pas être cataloguée cinéaste de l’austérité, Rose Glass opère un changement de style assez radical. Le film se veut pop et exubérant, quitte à envoyer balader quelques règles scénaristiques de base. S’il ne réussit pas à atteindre le niveau de méticulosité de Saint Maud, son affranchissement des conventions le rend immédiatement plus sympathique et certainement plus accessible. Cependant, la mise en scène de Rose Glass est toujours aussi minutieuse et la confirme comme réalisatrice de talent, tout genre confondu.
Si Saint Maud était une plongée vertigineuse dans les codes du film de possession, Love Lies Bleeding reste à la surface d’une multitude de genres. Tantôt film noir cru 80s, puis délire fantastique façon série B 50s, en passant par le thriller érotique, il se permet d’être moins bien sérieux et jongle (pas toujours) habilement avec les ruptures de ton. Ces dernières rendent, par exemple, bien plus effrayante la situation de la soeur de Lou, femme battue et à bout, même si le ridicule des personnages masculins est parfois trop mal dosé et ne rend pas justice à leur monstruosité.

On ressent dans le cinéma de Rose Glass une recherche de l’absolu. Ses personnages sont des idéalistes en quête d’un amour plus grand que soi qui touche au presque divin. Cette quête doit passer par la souffrance, qu’elle soit celle d’une martyre ou celle d’une culturiste, et l’accomplissement de soi dans un monde inhospitalier. Réussir à créer un corpus cohérent tout en jouant autant avec les genres ne fait qu’attiser la curiosité pour la suite de la carrière de cette jeune britannique.
Impossible de ne pas évoquer le choix du casting. Kristen Stewart a été une évidence à tel point que cette dernière s’est même demandé qui d’autre aurait pu jouer le rôle de Lou. Kristen Stewart n’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler une actrice de composition et se rate souvent dès que les rôles sortent du spectre de sa persona. Cependant, dès qu’elle rencontre un rôle à sa mesure, elle brille et sa sensibilité suinte à l’écran. Le choix de Jackie a été bien plus complexe. Culturisme et féminité traditionnelle ne font pas bon ménage. Et il est assez évident que la belle famille du cinéma n’aime pas trop s’éloigner des représentations classiques. Katy O’Brian a été une perle trouvée sur le tard. Ayant déjà un pied dans le culturisme et l’autre dans des séries à succès telles que The Mandalorian ou Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D., et surtout un charisme irradiant, elle fut un choix idéal.

Love Lies Bleeding réussit le difficile exercice du second film. Rose Glass se pose en tant que réalisatrice de talent, en proposant une nouvelle variation autour de thèmes qui lui sont propre sans pour autant se singer. En plus d’être un excellent film, au genre hybride et à l’énergie communicative, est avant-même sa sortie, le symbole d’un cinéma plus ouvert, aux représentations plus inclusives qui rend aux concernés le pouvoir sur leurs propres histoires et ressentis. Un film, en ce sens, indispensable.


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