Akemi Yoshikawa est une jeune créative dans une petite agence de communication japonaise. Son quotidien est rythmé par les blagues de son patron, des clients indécis et colériques et des collègues gentils mais un peu encombrants. Akemi a la gagne et vise un poste dans une agence plus prestigieuse. Tellement obsédée par cette promotion, elle en oublie qu’elle a une vie privée mais surtout se retrouve sans s’en rendre compte dans une boucle temporelle qui la fait revivre indéfiniment la même semaine.
Comme un lundi se place dans le genre tendance et presque éculé du film de boucle temporelle. Popularisé par la comédie romantique devenue culte – même si selon mon humble avis un poil misogyne – Un jour sans fin, le genre est revenu en force dernièrement, dans l’horreur (Happy Birthdead), la comédie romantique (Palm Springs) ou la comédie tout court (Beyond the Infinite Two Minutes). Nous aimons tourner en rond dans nos vies, sur nos réseaux sociaux et apparement, aussi dans nos films.

Le monde du travail est le décor parfait pour évoquer ce marasme qui nous empare lorsque tous les jours se suivent et se ressemblent, d’autant plus au Japon où le travail a une place proéminente avec des conditions infernales. Nous vivons une véritable révolution autour de la notion de travail. Le presque fanatisme actuel autour de la série The Office (2005-2013) n’est pas un hasard. La série a sentie bien en avance toutes les contradictions qui se jouaient dans les bureaux et à quel point le mythe de l’accomplissement au travail était faux et dangereux. The Office a ouvert la voie à de nombreuses productions qui remettent en question l’équilibre vie privée/travail et la balance entre individualisme et collectif : impossible de ne pas évoquer Severance, série de science-fiction (Dan Erickson) qui pousse le concept jusqu’au monstrueux. Comme un lundi se place dans un registre plus léger mais propose une réflexion similaire et nous invite à reconsidérer notre rapport au travail.

L’atout principal du film est sa légèreté. Les co-scénaristes Saeri Natsuo et Ryo Takebayashi ont réussi à éviter la lourdeur qui peut accompagner les films de boucle temporelle grâce à une écriture des personnages pétillante et des changement d’objectif fréquents. Le réalisateur Ryo Takebayashi est avant tout un artiste qui expérimente avec différents formats et cela se ressent. Il commence sa carrière avec le projet participatif BestFriends.com, pièce de théâtre virtuelle et diffusée en live dans laquelle le personnage – déjà joué par la mutine Wan Maru – interagit avec les spectateurs et continue avec le film documentaire Bookmark 14 , où il suit le quotidien d’une classe au collège. Ce côté touche à tout, ludique, se ressent par les nombreuses ruptures de ton dans Comme un lundi.
Comme un lundi est un film joyeux et joliment cafouilleux qui propose une douce réflexion sur la place du travail dans la société. Il questionne les relations entre l’individu et le collectif tout en évoquant le besoin de rêver pour exister. Derrière la comédie qui peut paraître un peu simple se cache une myriade de pistes de réflexion portées par des personnages attachants et une écriture légère et équilibrée. Un film bien dans son époque.


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