Tiger Stripes mélange habilement teen movie pop, fable social et body horror gentillet. Les jeunes actrices, Zafreen Zairizal et Deena Ezral sont criantes de naturel et se meuvent dans une forêt aussi effrayante que féerique, parfait contrepoint à la petite société liberticide et patriarcale de leur école musulmane aux règles absurdes et inquiétantes qui transforment la plus jolie et douce des amitiés en guerre sans pitié. Tiger Stripes est la rencontre étonnante entre Lolita malgré moi (2004 / Mark Waters) et Apichatpong Weerasethakul

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Récompensé du grand prix de la semaine de la critique en 2023, Tiger Stripes est une proposition agréable qui ne manque pas de cœur même si elle manque d’originalité. Ces dernières années ont vu fleurir le récit d’apprentissage mi critique sociale, mi fable animalière. Parmi ses aînés, le plus emblématique, Grave de Julia Ducounau, également passé par la semaine de la critique et lauréat du prix FIPRESCI, plus récemment, Le règne animal de Thomas Cailley grand chouchou des césars 2024 et le plus confidentiel When Animals Dream du danois Jonas Alexander Arnby.  Des films qui montrent une jeunesse de prime abord monstrueuse qui plie sous le poids de l’héritage d’une génération passée qui n’a pas su accepter et embrasser la différence. Une jeunesse qui a comme issue et moyen d’être libre le retour à l’état de nature. Des films paraboles qui symbolisent la fracture générationnelle avec beaucoup de poésie et de force. 

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Amanda Nell Eu, malaisienne de naissance a fait la majorité de sa scolarité à Londres notamment dans le prestigieux Central Saint Martins avant d’aller à la London Film School. Passionnée de conte et de mythologie, elle retourne vivre en Malaisie peu de temps après la fin de ses études pour s’inspirer du folklore local. Dans son premier court métrage It’s Easier to Raise Cattle en 2017, elle s’inspire de la figure de la pontianak, un esprit vengeur de femme enceinte qui n’a pas pu mettre bas, puis en 2018 dans Vinegar Baths, elle s’empare du mythe de la Penanggalan, le fantôme d’une belle femme dont il ne reste que la tête qui traîne ses organes internes accrochés à cette dernière. Amanda Nell Eu dit se sentir proche de ses créatures mythologique puissantes et horrifiantes. Tiger Stripes n’échappe pas à la règle et s’inspire du Harimau jadian, une sorte de tigre garou. 

Les petites filles sont des punks qui parfois se transforment en tigre, et qui clairement ont envie d’en découdre avec le monde. Tiger Stripes est dans l’air du temps, ce qui en fait un film peu original, oui, mais jubilatoire. Une belle proposition de cinéma pour un premier film d’une jeune réalisatrice au propos fort et clair.

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