Kaleb aime deux choses passionnément : les habitants de son immeuble à Noisy-le-Grand et les petits animaux exotiques. Orphelin, il vit avec sa sœur dans l’ancien appartement familial. Son quotidien est rythmé par la vente de baskets de marque sous le manteau, son vivarium de fortune qu’il chérit, les disputes incessantes avec ses proches et le respect du savoir-vivre dans sa cité. Cette tête dure devra réapprendre à communiquer pour tenter de survivre à l’infestation d’araignées qu’il a causée en ramenant une espèce très rare et venimeuse.
Quoi de plus malin pour un film d’horreur que de prendre pour sujet une peur très commune, l’arachnophobie, qui n’a pas été traitée tant que cela au cinéma ? On pense, bien sûr, au sympathique Arachnophobie (Frank Marshall/1990), au plus questionnable Arac Attack (Ellory Elkayem/2002) ainsi qu’à quelques séries B des années cinquante et soixante-dix. L’araignée s’est parfois invitée dans des films grands spectacles, les sagas Harry Potter ou Le Labyrinthe, par exemple. Mais assez étrangement, l’araignée n’a pas eu droit à sa foultitude de films de qualité moindre à la façon de la sharksploitation et du pauvre requin qui n’avait rien demandé. Et pourtant, l’arachnophobie est en pole position des phobies. Vermines fait donc le choix malin d’exploiter une peur fédératrice sans un gros bagage de clichés cinématographiques.

La grande force de Vermines est de respecter les codes du film de monstre en proposant un divertissement particulièrement bien crafté, sans oublier de l’ancrer dans une réalité sociale nuancée et complexe qui ne prend cependant jamais totalement le pas sur l’action. Il évite ainsi les écueils d’un cinéma de genre à la française qui fleurit pas mal ces dernières années, un ensemble de productions – en général de belle qualité – mais qui préfère se couler dans le moule du film social. Vermines prend un contre-pied plaisant, avec cette proposition de cinéma assez énervée qui instaure le politique bien plus dans des choix de mise en scène que dans des discours. Il est impossible de ne pas faire le lien entre l’arachnophobie du film et la peur irrationnelle de l’autre, de la différence, la xénophobie ambiante qui pollue notre société. Le choix de placer son film dans un immeuble de cité en quarantaine nous renvoie à une pelletée d’images préfabriquées par les médias traditionnels. Vermines déjoue ces clichés par une écriture forte de ses personnages.
Vermines réussit là où La Tour (Guillaume Nicloux / 2023) – sortie quelques mois auparavant – échoue assez tristement. Les deux films français partagent un concept similaire : un survival intense dans une tour de cité en banlieue. Vermines a eu la bonne idée d’avoir des personnages réellement écrits. Le film prend le temps d’introduire la dynamique du groupe d’amis : les conflits, les non-dits, le poids du passé mais aussi les gestes banals du quotidien, les blagues, tout cela en respectant plutôt correctement le principe du show don’t tell. Dynamique de groupe qui n’aurait certainement pas aussi bien fonctionnée sans un ensemble d’acteurs très éclectiques à l’alchimie évidente : Théo Christine, révélé par la série Skam, Sofia Lesaffre, qui commence à avoir une jolie petite carrière (Seuls, Les Misérables, Le Ciel attendra…), Lisa Nyarko dans son premier rôle au cinéma, Jérôme Niel du Studio Bagel et Finnegan Oldfield, acteur le plus confirmé du groupe.

N’oublions pas la star du film : l’araignée, enfin, les araignées. Il y a d’abord celle de l’affiche, une heteropoda maxima, une espèce assez impressionnante pour faire frissonner mais ressemblant assez à nos chères tégénaires de maison pour ne pas paraître trop exotique. Mais aussi toutes les autres. Pour un résultat final plutôt crédible, Vermines a employé de nombreuses espèces d’araignées pour correspondre aux besoins de chaque séquence, mais aussi de nombreuses techniques. Le fameux Atelier 69 basé à Montreuil (Titane, Livide, Benedetta…) a travaillé sur la création d’araignées en SFX, ainsi que McGuff pour toutes les versions numériques. Cette hybridation des techniques offre un résultat assez bluffant qui permet au film de partir d’une réalité assez tangible à une fin qui flirte bien plus avec la métaphore, sans que la suspension d’incrédulité du spectateur ne soit mise à mal.
Terriblement efficace et énergique sans oublier d’être politique, Vermines est une vraie belle proposition de cinéma. Le film se termine par un épilogue presque poétique sur notre rapport à la nature qui rend assez curieux de la suite de la carrière de son réalisateur, Sébastien Vaniček, dont c’est le premier long-métrage.


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