Bien des aspects du Vourdalak d’Adrien Beau transpirent d’originalité. Commençons par le matériau de base, la nouvelle d’Alexeï Tolstoï : “La Famille du Vourdalak”. Écrite en français vers 1840, elle ne fut publiée qu’à titre posthume vers 1880 dans une traduction russe. Le texte est par ailleurs disponible en ligne pour les plus curieux d’entre vous. Le film d’Adrien Beau décide d’adapter une œuvre de jeunesse de cet auteur russe qui n’ a failli pas être édité et qui en plus, propose, pour notre regard occidental, une vision fraîche du mythe du vampire.

L’originalité de ce film réside aussi dans une certaine audace esthétique. Il est déjà difficile de produire un film de genre en France. Les derniers en date ont préféré miser sur l’hybridation du social et du fantastique. Ce n’est pas le cas du Vourdalak qui propose une oeuvre incongrue au style atypique qui devrait fortement diviser. 

Des vampires, au cinéma, il y en a eu et la figure la plus récurrente est celle du séduisant aristocrate, à la sexualité trouble, aux mœurs débridées et beau comme un diable. Il est parfois arrivé que le vampire soit une créature beaucoup plus primitive et bestiale mais des patriarches, il n’y en a pas eu des masses. Le patriarcat en prend pour son grade. Le “bon père de famille” est devenu créature squelettique et absurde qui manipule sa petite maisonnée pas bien maline et surtout très obéissante vers sa fin funeste. 

 The Jokers / Les Bookmakers

Filmé en 16mm avec des effets spéciaux très artisanaux, Le Vourdalak assume complètement d’être à contre courant du tout digital. L’imperfection et la rugosité fascinent autant qu’elle amuse. Le grain de la photographie, le grand guignol sanguinolant décomplexé et le parlé avec emphase des acteurs transportent hors du temps pour proposer un conte gothique étrange mais aussi très politique. 

Le Vourdalak est la bonne surprise française de ce mois d’octobre. Audacieux, malin et terriblement fascinant, il propose une lecture encore assez inédite au cinéma de la figure du vampire, sans oublier de poser un regard critique sur le concept même de patriarcat. Le tout porté par des acteurs impliqués, Ariane Labed en tête, dont la prestation fut primée, à raison, à la Semaine de la Critique. 

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