Le scénario suit Kevin et sa sœur Kaylee, qui se réveillent en pleine nuit dans leur maison angoissante. Progressivement, les portes, les fenêtres, les jouets, et même leurs parents disparaissent.

Quelle signification se cache derrière le mystérieux nom de « Skinamarink »? Ce terme, sans réelle définition, est issu d’une chanson enfantine créée pour une comédie musicale du siècle dernier et popularisée par le groupe canadien Sharon, Lois And Bram.

Ne me remerciez pas

Ce choix de titre rend le film encore plus intrigant. The House (Skinamarink) est le fruit du travail du vidéaste Kyle Edward Ball, qui donne vie aux récits de cauchemars partagés par des internautes sur sa chaîne Bitesized Nightmares. Le film s’inspire des cauchemars les plus fréquents pour offrir une expérience cinématographique unique.

Un mélange de références

Kyle Edward Ball cite comme influence des noms prestigieux du cinéma expérimental tels que Stan Brakhage, Maya Deren et David Lynch. Toutefois, on ne peut ignorer l’influence de la culture internet dans son esthétique néo-nostalgique. Si l’on devait catégoriser cet objet plutôt iconoclaste, The House (Skinamarink) serait parfaitement en phase avec le mouvement du slow cinema : minimaliste, avec peu de scénarios, un point de vue observateur et de longues séquences à la manière de Chantal Akerman ou Andrei Tarkovsky.

ESC Films / Shadowz

Une absence de repères

The House (Skinamarink) n’est pas un film agréable et ne cherche pas à l’être. Il joue avec les repères du spectateur pour l’immerger dans un cauchemar. Le temps perd toute signification, les séquences semblent se répéter à l’infini, sans indiquer clairement un début ou une fin. Aucun visage n’est montré à l’écran. L’ensemble est austère, dépourvu de toute émotion réconfortante. The House (Skinamarink) prend un malin plaisir à faire disparaître ou à déformer des symboles de confort et de protection. Une maison sans portes, fenêtres ni toilettes devient un tombeau, une famille sans parents devient orpheline. Même la télévision, centrale dans le salon familial, devient un fond sonore obsédant et inquiétant. La seule certitude dans ce film est l’incertitude.

Le cauchemar

L’ambition du film est de plonger le spectateur au cœur d’un cauchemar. Derrière ce qui semble être une mise en scène simpliste voire inexistante, se cache une maîtrise impressionnante, surtout pour un premier film. Les axes de chaque plan ne sont pas anodins. Certaines séquences sont filmées à hauteur d’enfant, d’autres filment le plafond en contre-plongée. Ce choix peut sembler étrange, mais il évoque ce que le dormeur voit juste avant ou après le sommeil. Ces axes atypiques jouent avec les repères du spectateur, créant une confusion ambiante.

ESC Films / Shadowz

Pour accentuer cette confusion, The House (Skinamarink) mise beaucoup sur le son, alternant entre silence, paroles inaudibles et sous-titres incrustés. Cette dissonance entre l’écrit et l’oral amplifie encore l’ambiance troublante.

Le travail sur la lumière et les couleurs mérite également d’être reconnu. Malgré un budget minuscule, The House (Skinamarink) parvient à créer des images captivantes dans la pénombre tout en restant cohérent, offrant une galerie d’images marquantes longtemps après le visionnage.

The House (Skinamarink) est un objet atypique, mêlant différents genres et résultant d’une peur collective nourrie par la « culture internet ». Véritable bombe sensorielle et brillante, il n’épargne pas son spectateur. Les images sont persistantes, l’angoisse diffuse et ne vous quittera pas. Ce type de film est rare. Ne le manquez pas.

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