Lily et ses trois meilleures amies, en terminale au lycée, évoluent dans un univers de selfies, d’emojis, de snapchats et de sextos. Mais lorsque Salem, la petite ville où elles vivent, se retrouve victime d’un piratage massif de données personnelles et que la vie privée de la moitié des habitants est faite publique, la communauté sombre dans le chaos. Lily est accusée d’être à l’origine du piratage et prise pour cible. Elle doit alors faire front avec ses camarades afin de survivre à une nuit sanglante et interminable.

J’attendais beaucoup d’Assassination Nation. Ma déception n’en fut donc que plus grande. Je suis bien évidemment en accord avec le message du film, pamphlet contre le puritanisme étasunien et sa sale habitude à désigner les femmes comme responsable de tous les maux surtout si elles sont jeunes, libres et réfléchies. Le cœur du problème n’est pas à chercher bien loin du message, car le film ne se repose que sur celui-ci. La rhétorique étant bien trop visible, j’ai trop souvent eu l’impression de voir une dissertation mise en images et pas si bien délivrée que cela.

Déjà, ses personnages ne sont presque pas écrits à l’exception de la narratrice, une jeune femme blonde au physique très conventionnel pour un teen movie. Un effort est fait dans les costumes qui sont branchés à l’extrême, mais habiller ces filles en poupées Bratz ne leur donne pas pour autant une personnalité. L’affiche montre un quatuor de personnages, mais le film ne met en scène que l’histoire d’une énième adolescente blanche. Cela ne me dérangerait pas tant si celui-ci ne s’évertuait pas à vendre un discours sur la sororité et l’acceptation de la différence.

Copyright Bron Studios

La composition du film est quant à elle bancale. Celui-ci se compose en deux actes très distincts, séparés d’une ellipse quand une troisième partie n’aurait pas été de trop. La première présente nos protagonistes (enfin une et demie…) À la fois jeunes femmes délibérément sexuellement actives, mais aussi victimes de harcèlement et de prédation sexuelle, le tout exacerbé par les technologies actuelles. La seconde partie nous montre la nuit de la « chasse aux sorcières ». (subtil, car l’action se déroule à Salem…) La ville est devenue folle et cherche à tuer ses quatre jeunes femmes qu’elle tient pour responsables du hackage géant.

La première partie se termine alors que notre héroïne n’est pas encore considérée comme responsable du hackage. La seconde partie commence par une scène qui explique factuellement pourquoi cette dernière est prise pour cible, sans qu’aucune montée de tension, ni de haine ne soit montrée dans la communauté de cette ville. La partie dans l’ellipse aurait été assez pertinente à montrer à l’écran. Voir comment la ville arrive à ce degré de folie, voir par quel moyen elle en vient à ériger cette jeune femme en mal absolu. Rien n’est montré. Le film m’a complètement perdue à ce moment-là. J’étais déjà un peu sceptique, je suis devenue totalement hermétique.

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Je terminerai par l’aspect qui m’a le plus dérangé : son rapport à la violence faites aux femmes. Pour expliciter mon propos, je vais le comparer à un sous-genre qui traite souvent de manière peu délicate cette dernière : le rape and revenge. Ce dernier se compose en général en trois parties : le viol du personnage féminin, sa revanche et se termine par la sensation de complétion de l’héroïne. Deux aspects de ses films me posent problème. Déjà, les séquences de viol sont généralement filmées de manière voyeuriste. Ensuite, le personnage ne peut atteindre cette sensation de complétion, ce statut de « femme forte » que suite à ce traumatisme, cette violence, rendant cette dernière presque indispensable à la construction psychologique de son personnage.

Malheureusement, j’ai reconnu en partie ces éléments dans Assassination Nation. On observe déjà une véritable rupture dans l’évolution du statut des personnages. D’abord subtilement montrées comme victimes aux apparences de femmes libérées, puis victimes de manière plus frontale par des scènes de violences, malheureusement, filmées de manière bien trop classique à mon goût, pour finir en « super » héroïnes prêtes à en découdre, reprenant ainsi le schéma classique de l’héroïne qui est transformée « en femme forte » par un événement traumatisant, souvent un viol, un acte de violence masculine. Laissant, comme dans les rape and revenge, cette amère impression que la violence est, en fait, nécessaire.

Sam Levinson se positionne doucement, mais sûrement en maître du « cinéma branché » et je ne peux qu’acquiescer lorsqu’on évoque l’esthétique léchée de ses films. Assassination Nation n’échappe pas à la règle. C’est un bel objet dans l’air du temps qui adresse l’élection de Trump et le mouvement #metoo, mais de manière trop creuse et pas assez réfléchie à mon goût.

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