Cette année, j’ai eu l’immense plaisir d’assister aux Utopiales de Nantes, festival tentaculaire où cinéma, expositions et conférences se côtoient. La thématique de cette année est “Transformations”. Si le terme supporte plusieurs définitions, le festival a clairement mis en avant un aspect plus écologique et social par une réflexion multifacette sur ce qu’on appelle “le grand effondrement”, entre autres. J’ai partagé cette expérience avec la super Jessica du blog Bon Chic Bon Genre qui vous fait un retour dans cet article.
Selon moi et suite à mon expérience sur place, trois sous thématiques ont pu se dégager de ce festival : l’écologie, le travail et le progressisme. J’ai catégorisé chacune des conférences auxquelles j’ai pu assister et chacun des films vus en fonction de ces trois axes, même si, clairement, ceux-ci se mêlent forcément.
Écologie : fantasmons-nous le “grand effondrement” ?
La conférence “Les temps de la fin” problématise avec beaucoup d’intelligence notre rapport à la collapsologie, au “ grand effondrement”. Celle-ci a été modérée par Jean-Noël Lafargue et opposait Jérôme Santolini, Catherine Larrère et Pierre Bordage. Et clairement, le débat a été mené par la philosophie spécialisée dans les enjeux environnementaux, Catherine Larrère, qui explique que le “grand effondrement” est fantasmé par la société blanche occidentale et patriarcale qui n’envisage pas qu’une façon de vivre autre a pu existé et existera donc par la suite.

C’était la première conférence à laquelle j’assistais et il n’y aurait pu y avoir meilleure introduction au festival tant celle-ci sous tendait qu’une société plus progressiste avec une nouvelle conception du travail serait une manière d’envisager une société plus éthique.
Les Utopiales ont projeté en avant-première le film pour enfant Poupelle du réalisateur Yuusuke Hirota, qui sortira en France en avril 2022. Si le film est vraiment trop enfantin pour mon goût, son côté fable écologique m’a tout de même plutôt séduit.

Dans une ville de cheminées où l’on ne voit pas le ciel, une drôle d’amitié naît entre le petit ramoneur Lubicchi et Poupelle, l’homme poubelle.
Visuellement, le film propose un univers cohérent, touchant et créatif, mais pèche par un manque d’enjeu, de poésie et par un humour parfois lourdaud. Ceci-dit, l’aspect écologique et le côté steampunk pour demi-portions fonctionnent assez.
Impossible pour un festival de science-fiction de ne pas évoquer la pandémie. Et rien de mieux que de le faire par le cinéma tant les films dont c’est le sujet sont pléthores. Bien sûr, Contagion de Steven Soderbergh a été projeté mais c’est sur Tin Can que je vais m’arrêter. Il s’agit de la dernière réalisation du canadien Seth A. Smith.
Alors que le monde est confronté à une peste mortelle, une parasitologue est emprisonnée dans une chambre de suspension de vie.
Tin Can commence donc comme un film concept façon Oxygène mais prend très vite une autre direction. La mise en scène est léchée et le film joue beaucoup sur la fascination du spectateur pour proposer une expérience déroutante.
Travail, torture et accomplissement de soi
J’avais découvert Catherine Larrère lors de la conférence sur la finitude du monde, je la retrouve avec plaisir pour “Les managers du futur”, en compagnie de Romain Lucazeau et Jean-Laurent Del Socorro, modérée par Marcus Dupont-Besnard. C’est avec beaucoup d’humour que le sujet est abordé. Pour parler de l’organisation actuelle du travail et de ses dérives, les invités demandent aux participants comment ils imaginent les managers du futur. Moyen de rappeler que “travail” et “torture” possèdent les mêmes racines latines “trepalium” et que les dérives actuelles qui veulent que le travail fasse partie intégrante de l’accomplissement de soi est dangereux.

Le film se rapprochant le plus de cette thématique du travail est Minor Premise d’Eric Schultz.

Un scientifique trouve un moyen de sectoriser différentes parties de son cerveau. Pour impressionner son entourage et sortir de l’ombre de son père, il ira un peu trop loin dans l’expérience.
Si la prémisse du film avait du potentiel, le résultat est assez décevant. Il manque d’ambition visuelle et surtout d’écriture. Ceci-dit, il montre tout de même les dérives liées au lien trop étroit entre travail et accomplissement de soi.
Progressisme : il n’y a pas que les hommes blancs et hétéros dans la vie
Les mouvements progressistes de ces dernières ont accompagné les réflexions autour de l’évolution de l’organisation de la société. Ils sont donc les sujets d’une grande partie des conférences et films de cette année. Nous avions avec Jessica et Judith (Demoiselles d’horreur) participé à une conférence sur la cancel culture pour le festival Court Métrange. Je ne pouvais donc qu’être intéressée par celle organisée par Les Utopiales
Cette conférence a été modérée par Caroline de Benedetti, avec Sara Doke, Olivier Caruso, Olivier Bruneau. La première question posée est : “Qu’est-ce que la cancel culture ?”. La réponse n’est pas évidente : mélange de boycott et de censure qui voudrait qu’on puisse effacer l’œuvre de quelqu’un si les propos de celle-ci ou celui-ci ne correspondent pas à une doctrine morale. Olivier Bruneau a la bonne idée de donner le ton dès le début de la conférence “La cancel culture n’existe pas”. Il est impossible d’annuler l’œuvre entière d’une personne. Ce qui se cache derrière l’emploi du terme est un moyen pour les dominants de se poser en victime, eux qui voient leur position hégémonique flancher et leur droit aux abus de pouvoir être remis en question. Ceci-dit la conférence a tout de même été l’occasion de nuancer les actions progressistes et débattre des manières les plus pertinentes de régler ou faire évoluer les problèmes de représentations.

Pour répondre à cette problématique, le documentaire Woman in motion de Todd Thompson a été projeté. Le film revient sur la carrière de l’actrice Nichelle Nichols, Uhura dans la série Star Trek et surtout son engagement auprès de la Nasa par sa campagne de recrutement pour attirer des personnes non blanches et des femmes. Si le documentaire a une forme assez conventionnelle, le charisme de l’actrice et le sujet passionnant ont fait de mon visionnage une jolie surprise.
Je terminerais avec un petit mot sur les expositions. Celle sur Goldorak m’a plutôt laissé de marbre – pas ma génération – mais celle faites d’objets Steampunk m’a charmé et celle sur le travail de Satoshi Kon m’a forcément beaucoup plu.
Il s’agissait de ma première visite aux Utopiales et je ne peux que vous recommander ce festival. J’ai été submergée par l’offre immense de celui-ci, surtout concernant les conférences qui sont en nombre considérable. J’ai beaucoup apprécié l’aspect engagé de la programmation qui est très actuel et pertinent. Par ailleurs, certaines des conférences sont disponibles en podcast. Les liens sont dans le corps de l’article.







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