New York, Brooklyn. Après avoir quitté la communauté juive orthodoxe, Yakov, à court d’argent comme de foi, accepte à contrecœur d’assurer la veillée funèbre d’un membre décédé de ce groupe religieux. Avec la dépouille du défunt pour seule compagnie, il se retrouve bientôt confronté à des phénomènes de plus en plus inquiétants…

Présenté lors de la sélection Midnight Madness du TIFF, The Vigil est la première réalisation du romancier Keith Davis. Très clairement inspiré par L’Exorciste, The Vigil utilise la religion juive hassidique – pourtant moins évidente à représenter et moins visuelle que la religion chrétienne – comme canevas d’un film d’horreur, huis clos new-yorkais

Le film parle intelligemment de la crise de foi du monde actuel et pose la question : “dans un monde cartésien et rationnel comme le nôtre, quelle place pour la religion ?”. La scène d’introduction, filmée par différents travelling au sein d’un groupe d’entraide d’anciens hassidiques pose ces questions et montre comment le communautarisme peut rendre l’humain inapte au monde moderne. Mais en même temps, est-il possible de survivre au quotidien sans spiritualité ? Notre personnage est à un croisement dans sa vie. Suite à un événement traumatique, il perd foi en sa culture, en sa religion qui sont pourtant les fondations de sa vie. Cette nuit va l’obliger à se confronter à ses démons, à son identité. 

L’intelligence de ce film se situe dans son images et ses effets spéciaux. Le chef opérateur Zach Kuperstein sculpte la lumière avec brio, alterne source de lumière chaude (lampes de chevet), source de lumière froide (écran de téléphone) et jeux avec le contre-jour pour créer des tableaux tantôt statiques, tantôt embellis par des mouvements de caméras fluides.  La plupart des effets spéciaux du films sont mécaniques, pratiques, ce qui donne un cachet et une identité au film, trop rarement vu dans le cinéma actuel. 

Dans la diégèse du film, le monstre prend la forme du Mazik démon censé habiter les endroits abandonnés. Il sera une ombre, des mains aux doigts crochus, une voix et tout un tas d’autres apparitions forts sympathiques. La vraie question étant quel est le monstre qui ronge le film ? Il y a bien sûr la crise identitaire de Yakov, mais que cache-t-elle ? Je pense que l’on peut répondre sans trop de doute, l’antisémitisme ambiant qui fait écho à celui de la Shoah évoquée (un peu lourdement par ailleurs) par le passé du défunt. 

J’ai simplement deux petits regrets sur la forme du film : des flashbacks inutiles qui sur expliquent l’action et alourdissent le film, et surtout font sortir du huis-clos, ce qui est bien dommage, et des resorts horrifiques un peu déjà vus et surtout téléphonés qui sont assez faciles à deviner et anticiper pour un public averti.

En somme, un premier film intelligent et abouti si l’on considère le peu d’expérience du réalisateur. L’image est sublime, le propos cohérent et bien amené et les effets-spéciaux une belle réussite. Si ce n’est quelques maladresses, je le recommande vivement.

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